Un autre récit de Stéphanie. Découvrez la ICI


Il est 16h30. Je débarque de l'autobus. Sac au dos, me voilà prête à vivre ma prochaine aventure. Il reste environ deux heures de clarté et je vois les remparts là-haut, dans la montagne, où je compte installer ma tente. Je me mets donc en route.

Je suis les indications envoyées par Richelle, blogueuse du site www.adventuresaroundasia.com. Elle m'a convaincue d'explorer le Wild Wall, une section de la Muraille de Chine loin des touristes, et loin du financement pour rénover aussi, il semble.

Je traverse le village de Zhuangdaokou par des cours arrières et commence à gravir la colline. La végétation est éparse, le sentier bien visible et les vieux remparts tout décrépits se rapprochent rapidement. Me voilà enfin rendue, le pied bien placé sur ce mur mythique. Autour de moi, je ne vois que collines ondoyantes, vieux remparts et postes de gardes disséminés comme un serpent.
Comme la Citadelle de Québec, le mur a été construit pour protéger la nation contre les agressions de l'envahisseur. Dans ce cas-ci, on parle des Mongols menés par le très redouté Gengis Khan. Et comme la Citadelle, il n'aura finalement jamais servi puisqu'aucune attaque n'a été lancée pour envahir de ce côté. Khan s'est contenté de l'honneur d'avoir su faire si peur aux Chinois qu'ils construisirent un tel édifice de défense.

Me voilà immergée dans le présent, en train de vivre un moment significatif, et j'essaie d'emmagasiner les sensations qui se présentent à moi.  J'ai l'impression de faire une randonnée tout à fait normale, puisque devant moi, je parcours un sentier de terre battue, me frayant un chemin parmi roches, racines, arbustes et grandes herbes.  Peu de gens viennent explorer par ici, je me sens privilégiée d'avoir ce pan de monument historique à moi toute seule.

J'ai toujours eu une petite crainte lorsque je m'installe seule dans un endroit retiré en camping.  Dans ce cas-ci, je suis loin de tout et de tous.  Advenant toute situation déplaisante m'arrivant au milieu de la nuit, je devrai faire preuve de beaucoup de débrouillardise et de confiance en moi.  C'est que j'avais lu quelque part qu'il est illégal de camper sur la muraille.  Mais sûrement qu'ils n'avaient pas cette petite section en tête?  Alors que je cheminais ainsi dans mes pensées, j'entends un drone approcher.  Levant la tête, je vois au loin une silhouette filiforme, assurément masculine, portant casquette et habillée de noir, tout en haut d'un rempart.  Ça y est, mon imagination identifie un policier ou un soldat chinois qui inspecte le mur pour s'assurer que personne ne s'y installe pour la nuit.  Voilà mon aventure terminée, je devrai retourner à Beijing, avec toutes les difficultés que cela implique (dont celle de trouver un hébergement acceptant les étrangers sans pouvoir m'aider de l'Internet).  Je réussis à calmer mes pensées en me disant de me rendre au moins saluer l'inconnu et voir comment me tirer de cette situation.  Quelle ne fut pas ma surprise, finalement, de rencontrer Pierre et sa copine Marine, deux touristes français qui en étaient à leur deuxième nuit sur la Muraille!  Soulagement et plaisir de savoir que je passerai la soirée et la nuit en bonne compagnie.

J'ai apporté une mini tente solo qui n'est pas autoportante.  Mon choix était dicté par la possibilité que je ne fasse aucun camping pendant mon voyage en Chine, donc du stock en extra le plus léger possible svp.  Ce qui s'est avéré un choix judicieux étant donné que je l'ai installée dans l'alcôve de la tour de guet, où les dimensions étaient parfaites.  Cela a permis une bonne protection contre le vent et le froid, qui sont arrivés aussitôt le soleil couché.  Alors qu'il avait fait un beau vingt degrés Celsius dans la journée, la température a chuté en soirée et j'ai dû enfiler tous mes vêtements avant de me glisser dans mon sac de couchage.  J'ai laissé la porte ouverte pour bien m'imprégner de l'expérience que je vivais.

Dans le secteur où j'ai dormi, le mur était sauvage, plein d'éboulis, quasi inexistant par endroits, avec le sentier de terre au milieu.  Dans certains passages, surtout à partir des tours de guet, j'ai dû faire tomber mon sac devant moi pour ensuite me laisser glisser vers le sentier plus bas puisque les escaliers avaient disparus.   Et puis, belle surprise, j'ai atteint une section restaurée.  Le mur rénové doit faire environ quatre à cinq mètres de large, six à sept mètres de hauteur, avec un petit parapet crénelé de chaque côté.  Ce qui est fascinant avec cette construction, c'est qu'elle suit littéralement la topographie.  Pas question d'aplanir une colline ici, ou faire un zigzag là, on suit la courbe de relief et c'est tout.  Ce qui donne des montées abruptes et des descentes vertigineuses.  Les marches d'escalier sont inégales en profondeur et en hauteur.  Et le sol est lisse, aucune pierre ne dépasse l'autre, un vrai carrelage de céramique.

J'ai passé trois semaines en Chine.  La seule journée où il a plu, c'est celle où j'ai marché la Muraille de Chine.  Le défi a été d'arriver à monter jusqu'à la prochaine tour en m'accrochant aux créneaux, en plantant mon pied dans la mini craque entre deux pierres, comme une voie de V0 en escalade de bloc.  Pour ensuite redescendre l'autre versant de la colline en me retenant encore une fois aux créneaux et en enfonçant mon talon dans la craque.  Les escaliers se faisaient avec mains et pieds ou sur les fesses parce que la pente me donnait un peu le vertige, avec la présence de mon sac à dos de randonnée qui jouait avec mon équilibre.   L'aventure a été plus difficile parce que la pluie rendait le tout très glissant.  Arrivée au bout de la section, identifiée par le fait qu'il n'y avait tout simplement plus de mur, j'ai découvert une échelle cachée pour pouvoir descendre rejoindre la route.  Personnellement, je retournais sur mes pas, mais j'ai appris que l'on pouvait payer le fermier dont les terres jouxtaient le mur pour monter àcette échelle et accéder aux remparts.

Ma deuxième nuit s'est déroulée encore plus douillettement.  J'ai installé mes pénates à l'intérieur d'une tour de guet encore complète et la vue de ma table de cuisine - une roche à la porte de ma tente - était splendide de mystérieux.  La pluie et ses nuages bas venaient embrasser les contreforts de montagnes au loin et le brouillard venant de la vallée ne permettaient que de voir un mince filet de verdure où je pouvais apercevoir le lacet du mur parcouru dans la journée.

Dans toute son histoire, la Muraille de Chine aura couvert plus de 21 000 km.  Aujourd'hui, il en reste un peu plus de 6 000, évidemment pas tous restaurés.  Malgré l'histoire de Khan que je relate ci-haut, les sources ne sont pas toutes d'accord.  La construction au complet aura duré plusieurs siècles et plusieurs dynasties chinoises.   Dans mon estimation, j'aurai parcouru en tout moins de dix kilomètres de toute cette construction, mais je serais curieuse de savoir si une randonnée de longue distance arriverait à connecter toutes les sections encore existantes...

(Si vous souhaitez aussi découvrir le "Wild Wall" loin des touristes, contactez-moi et je vous donnerai les directives pour vous y rendre)

Collaborateurs Récits

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *