Un récit par Stephanie. Découvrez la ICI

La Floride en kayak

25 décembre 2018. C'est le matin de Noël. Je suis en mission. Plantée dans ma cour arrière, mes bottes et pantalons de neige, ma pelle à la main, un pot d'eau qui bout sur la cuisinière. Sébastien et son compère m'attendent au fond de la cour, tout excités à l'idée de partir à l'aventure. Ils n'ont jamais le droit de sortir l'hiver. Mais pas cette fois-ci.

Je ne fuis pas l'hiver. J'aime mes saisons. Mais je sens le besoin de dépaysement m'appeler et quoi de mieux que d'inverser les saisons quelques semaines? Je me rends donc dans les Keys de la Floride, en voiture, passant de l'hiver au printemps à l'été en l'espace de 36 heures. Nous serons cinq: Sébastien (le kayak orange) et Busboy (le kayak bleu, enfin baptisé pendant le voyage, à la suite d’une rencontre intéressante avec un serveur hongrois) sur le toit, Mary dans le siège du passager, navigatrice et DJ officielle, et ma fidèle Yukone qui ne se sent revivre que lors de longs parcours dépaysants.

Les Keys de la Floride sont un archipel d'îles tout au bas de l'état de la Floride, le point le plus au sud des États-Unis. C'est à plus de 3 000 km de Québec. Nous avons suivi le conseil des Beach Boys: "We'll get there fast, and then we'll take it slow." La route nous a offert quelques anecdotes savoureuses: le camion-remorque bloquant trois voies en travers de l'autoroute à deux heures du matin au New Jersey, le coffre de la voiture laissé ouvert toute la nuit en Virginie, la station d'essence en panne sèche d'essence en Caroline du Nord, le trafic (oh le trafic!) en Caroline du Sud. Après trente-six heures de route, nous voilà enfin arrivées en Floride, où nous nous sommes empressées d'entasser les couches de vêtements trop chauds dans le fond du coffre d'auto pour ne plus les revoir avant la nouvelle année. Il fait trente degrés et les fenêtres de la voiture sont ouvertes en permanence.

Avance rapide de quelques jours. Nous sommes le 31 décembre 2018. Bien habituées au rythme des îles, nous quittons notre hébergement à sept heures du matin pour éviter le trafic qui paralyse la circulation plusieurs heures par jour. La destination est bien populaire et il n'y a qu'une seule route traversant l'ensemble des îles. Surnommé 'Floribbean", une contraction entre Floride et Caraïbe, l'archipel est composé de plus de mille îles, mais une vingtaine seulement sont habitées et reliées par de nombreux ponts. Aujourd'hui, nous mettons les kayaks à l'eau à Lower Matecumbe Key pour nous rendre au parc d'État de Lignum Vitae Key. Une petite traversée de trois kilomètres dans l'eau transparente et chaude. Il est facile de naviguer dans ces eaux parce que le chenal qu'empruntent les gros bateaux à moteur est très bien identifié et le reste de l'étendue d'eau est composée de hauts-fonds, parfaits pour les kayaks à faible tirant d'eau. Le parc est accessible seulement par bateau et il est officiellement fermé aujourd'hui. Par contre, nous faisons du charme au garde-parc, Ellen, qui accepte de nous faire la visite guidée quand même. Elle est passionnée, toute heureuse de partager son savoir, des naturalistes comme on les aime! L'île est une erreur géographique puisqu'une réelle forêt tropicale vierge y a poussée, composée d'espèces provenant de régions plus au sud. On y retrouve entre autres l'acajou et le gaïac, ou lignum vitae, qu'on appelle également l'arbre de vie. Il y a eu d'énormes adaptations au fil des siècles et même récemment, suite au passage de l'ouragan Irma à l'été 2017, de nouvelles espèces prennent place.

La mer est calme, mais le vent souffle. Il nous a bien aidé à l'aller, nous permettant de traverser en quarante-cinq minutes. Le retour se fait plus lentement, mais il est plus facile de garder les kayaks alignés vers la plage. C'est très agréable de se retrouver entouré de bleu, le bleu azur du ciel sans nuages, le bleu turquoise de la mer profonde, mais également de douceur, la douceur de l'eau salée tiède et la douceur du vent dans notre visage. La vie est douce en ce moment.

Plutôt que d'accoster, nous poursuivons notre route marine, passant de la baie de Floride au golfe du Mexique pour rejoindre Indian Key. Après avoir exploré la faune des Keys, nous plongeons dans l'histoire, celle d'une famille de pilleurs de bateaux naufragés du dix-neuvième siècle. Cette petite île abritait une ville entre 1820 et 1840. Lorsqu'on s'y promène, le quadrillé des rues existe encore. Des panneaux indiquent l'emplacement de l'église, de l'hôtel, du centre-ville et du bureau de poste. La ville a connu une fin abrupte lorsqu'elle a été attaquée par des Amérindiens de la tribu Calusa en 1841.

Retour au point de départ, mais pas sans avoir eu la chance de discuter avec un pélican brun bien installé sur un pilier de pont. Et inciter Mary à faire du slalom parmi les piliers de pont, où elle s'est bien amusée dans la réfraction des vagues entre deux courants.

Dernière journée de l'année à patauger dans ces eaux limpides. Afin de bien commencer la nouvelle année, nous choisissons le John Pennecamp Reef State Park comme destination pour le 1er janvier. Le parc est surtout reconnu pour sa plongée en apnée au large, dans les récifs de coraux. Notre choix d'activité se porte plutôt sur la découverte des marais de mangroves, ou palétuviers. Ces arbres ne poussent pas sur la terre ferme, ils ne semblent pas avoir besoin de grande substance solide pour étendre leurs longues racines découvertes. Le circuit de kayak qui nous est proposé par le concessionnaire du parc dure environ deux heures et se promène dans un labyrinthe de canaux, loin des bateaux à moteur. Ils sont tout près, mais la végétation dense étouffe leur bruit. Sauf celui qui se présente au détour d'un canal, beuglant du Nickelback à tue-tête. Nous effectuons un virage serré à angle droit pour s'engouffrer dans un petit tunnel et s'en éloigner le plus rapidement possible. Ici, il faut faire preuve d'agilité avec les grandes pagaies de kayak puisque les arbres nous recouvrent, les couloirs sont étroits. Il est peu recommandé aussi de s'agripper aux racines pour s'aider puisqu'elles grouillent de petits crabes. À quelques mètres de la fin du parcours, nous avons eu droit à la visite d'une petite famille de vaches de mer, ou lamantin (le fameux manatee). Ils me font penser à de grosses patates, ils sont doux de caractère et habitués aux visiteurs.

Mon ami Alexandre m'avait suggéré plusieurs lieux de mise à l'eau. Le site web Paddle Florida en avait suggéré une multitude d'autres. De gentils locaux nous ont dirigés vers des sites moins fréquentés. Il y aurait eu occasion de s'amuser longtemps encore, mais l'hiver et ses plaisirs de glisse nous criaient de rentrer à la maison. Les plaisirs offerts par les Keys sont infinis et très accessibles. Et je n'ai même pas abordé nos tests de dégustation de la fameuse Key lime pie sous l'oeil vigilant des coqs et des iguanes...

 

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One Comment

  1. Tu es inspirante! Tu sais utiliser les mots pour en faire de belles histoires à lire! Une belle façon de parler de tes expéditions. Bravo chère amie pour le topo! XX

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