Le multicouche, ou les bonnes vieilles pelures d’oignon

Alors que le temps froid commence à se pointer le bout du nez, on se rue déjà vers les magasins pour être sûr d'être habillé bien chaudement lorsque l'hiver arrivera enfin. Même si nous pouvons nous considérer comme un peuple nordique, il en demeure néanmoins un défi pour certaines personnes de s'habiller convenablement et adéquatement afin d'être confortable tout au long de l'hiver, que ce soit lors d'activités extérieures ou même simplement au quotidien. Si pour vous le mystérieux concept de multicouches éveille un vague conseil de grand-mère (les pelures d'oignon), mais que savoir l'appliquer concrètement est de niveaux experts, ce court topo sur l'habillement hivernal est pour vous!

Avant de se lancer, voici quelques notions de base qu'il faut garder en tête :

  • En hiver, VOUS êtes la seule source de chaleur (exception faite de tout appareil chauffant - gants, semelles, bas, ...). Ainsi, le but des différentes couches de vêtements sera de conserver votre chaleur, donc de vous isoler des éléments extérieurs.
  • L'HUMIDITÉ  est votre pire ennemie. En hiver, rester au sec le plus possible est la priorité, sachant que seule votre chaleur corporelle pourra sécher un éventuel vêtement mouillé.

1ère couche : La base ou le sous-vêtement

Le but principal de cette couche est d'évacuer l'humidité du corps. On la veut relativement ajustée près du corps. On recherche une fibre qui absorbe le moins l'eau (hydrophobe). C'est pourquoi le coton est généralement à proscrire (pour les bas aussi). Voici les deux principales fibres disponibles dans la confection des couches de base :

Les fibres synthétiques (polyester, nylon)

+ : Très hydrophobe, donc très efficace pour évacuer l'humidité et sécher rapidement. Peu dispendieux

 -  : À la longue, le vêtement conserve les odeurs car même pendant un lavage l'eau pénètre peu dans la fibre de par sa capacité à absorber très peu l'eau.

La laine (de mérinos)

+ : Même si la laine n'est pas très hydrophobe, elle a la capacité de conserver davantage la chaleur même lorsque mouillée. Elle est donc idéale pour les activités intenses l'hiver. Elle est beaucoup plus confortable et surtout, ne conserve pas les odeurs.

- : Elle est de loin plus dispendieuse et elle est beaucoup plus fragile.

De plus en plus de marques offrent des vêtements présentant un mélange entre ces deux types de fibre. Cela constitue une très bonne option puisqu'il s'agit du meilleur des deux mondes, soit les avantages des deux types de fibre.

Les différents sous-vêtements sont offerts en différentes épaisseurs. Évidemment, on viendra moduler l'épaisseur de notre couche de base selon le niveau d'intensité de notre activité et la température extérieure. Dans les images suivantes, on passe d'une épaisseur fine, à moyenne, puis épaisse. Un exemple d'utilisation pour chacune de ces épaisseurs pourrait être, pour la 1ère, par temps frais au printemps/automne; pour le 2ème, durant l'hiver lors d'une activité intense (course); puis pour la 3ème, l'hiver lors d'une activité de faible intensité (ski de descente).

2ème couche : l'isolant

Cette couche est probablement la plus diversifiée. Les options ne manquent pas, que ce soit le bon vieux chandail de laine, en passant par le classique polar jusqu'à la doudoune de duvet. Comme son nom l'indique, le but de cette couche est d'isoler la chaleur corporelle. De façon générale, la plupart des vêtements isolés présenteront une faible résistance à la pluie ou au vent. Ils peuvent donc être portés seuls à l'occasion, seulement si les conditions climatiques le permettent. De plus en plus de vêtements isolés présentent tout de même un traitement déperlant, mais qui ne sera pas aussi efficace qu'une coquille (voir 3ème couche) pour bloquer les éléments.

Synthétique ou duvet? C'est le choix qui s'offre pour les manteaux isolés style doudoune. Le duvet a un meilleur pouvoir isolant, c'est-à-dire que pour une même isolation, il sera moins épais. Cela le rend donc plus léger et compressible. À faire attention par contre, le duvet perd son pouvoir isolant lorsque mouillé. Pour pallier ce désagrément, de plus en plus de compagnies offrent du duvet avec un traitement imperméable (voir par exemple le Q.Shield Down de Mountain Hardwear). Au final, le duvet est plus dispendieux, mais plus durable. À l'inverse, l'isolant synthétique est moins cher et conserve son efficacité lorsque mouillé. Étant plus lourd et moins compressible, le synthétique ne peut pas non plus subir autant de cycle "compression-décompression" que le duvet, ce qui diminue sa durée de vie.

Encore une fois, le choix du bon isolant dépendra du type d'activité et de la température extérieure. Privilégiez la simple veste de polar (comme la 1ère image) pour des activités plus intenses et gardez votre doudoune (à droite) pour des activités peu intenses, lorsqu'il fait très froid ou lors des pauses. Toute une gamme d'isolant existe entre les deux. Par exemple, le manteau Waxwing de MEC (2ème image) présente une légère isolation synthétique uniquement sur le devant et le dos, gardant les côtés et les manches beaucoup plus minces et respirantes, idéal donc pour les activités aérobiques (course, ski de fond, etc.). Le manteau Cathode de Outdoor Research (3ème image) offre quant à lui une isolation un peu plus importante en PrimaLoft (isolant synthétique de qualité), sauf sous les bras et les côtés, assurant une bonne respirabilité à ces endroits et une liberté de mouvement. Il est donc idéal pour des activités moyennement intenses par temps froid, telles que l'escalade de glace, les ascensions alpines à ski, etc.

3ème couche : La coquille

La 3ème et dernière couche sert à bloquer les éléments : la pluie, le vent, la neige, etc. On la veut idéalement imperméable, résistante au vent, durable et respirante. Il va sans dire qu'imperméabilité et respirabilité seront toujours en contradiction (on veut faire sortir l'humidité, mais empêcher l'eau d'entrer).

C'est ici que les manteaux à membranes entrent en scène. La marque Gore, avec son Gore-Tex, est probablement la plus connue. Il s'agit de membranes, incorporées dans la confection du manteau, ayant des pores assez gros pour faire sortir la vapeur d'eau, mais assez petits pour empêcher une molécule d'eau d'entrer. Il s'agit du meilleur compromis entre respirabilité et imperméabilité. Évidemment, il ne faut pas espérer de la magie sur le côté respirabilité : lorsqu'on est actif sous une averse (c'est-à-dire 100% d'humidité à l'extérieur) notre humidité n'aura pas tendance à diffuser naturellement vers l'extérieur. C'est pourquoi beaucoup de coquilles offrent des trappes d'aération. Ces types de manteaux sont les plus durables, tout en étant plus dispendieux. La plupart des compagnies offrent des coquilles à membranes. Outre le Gore-Tex, d'autres types de membranes existent comme le Pertex Shield+ ou le Polartec NeoShell, alors que beaucoup de compagnies ont leur membrane maison, comme le Dry.Q Elite de Mountain Hardwear (1ère image).

Dans le cas de manteaux imperméables moins dispendieux, il s'agit normalement de manteau à enduit, c'est-à-dire qu'un enduit chimique est appliqué sur la surface intérieure du textile. Il s'agit évidemment de manteaux moins respirants et moins durables (l'enduit va sécher et commencer à peler). Il s'agit donc d'une option pas chère pour ceux qui utilisent un tel manteau occasionnellement.

La série d'images suivante présente différents exemples de coquilles, de la plus résistante aux intempéries, à la plus respirante. Le manteau à membrane Torzonic de Mountain Hardwear (1) offre une excellente protection contre les éléments, mais est définitivement l'option la moins respirante. Elle est donc idéale comme coquille pour les activités hivernales. Les manteaux softshell Ferrosi d'Outdoor Research (2) ou de Mountain Hardwear (3) offrent quant à eux un bon entre-deux, entre la protection contre le vent/pluie et la respirabilité, ce qui les rend très polyvalents tout au long de l'année, pour des activités intenses ou non selon la température extérieure. Le très léger et compact manteau Alpine Start Hoody de Black Diamond est un coupe-vent efficace et possède un traitement déperlant idéal contre une faible pluie, mais sans plus. Il est donc idéal comme coquille légère, facile à trainer, lorsque les conditions se gâtent en escalade, en randonnée estivale, pour la course, etc.

 

 

Il ne faut pas oublier que tout le système multicouche s'applique également pour le bas!

Conclusion

En terminant, même si ce système multicouche peut en rebuter certains au départ, dû au fait que l'achat de plusieurs morceaux semble plus dispendieux, il faut garder en tête toute la versatilité du système. En effet, l'achat d'un seul manteau d'hiver bien épais peut généralement varier entre 300 et 500$, et ce dernier ne pourra être porté que durant les quelques mois d'hiver, lors d'activités de faible intensité. À l'inverse, chacun des morceaux constituant l'ensemble du système multicouche, même si ce-dernier peut dépasser les 600$ au total, pourra être porté séparément tout au long de l'année, et ce autant pour des activités sportives qu'au quotidien.


Truc final

L'hiver, ne tombez pas dans le piège du froid, c'est-à-dire de vouloir s'habiller trop chaudement dès le départ. On a tous tendance à vouloir être au chaud et confortable dès le départ d'une activité. Or, de cette façon, on a chaud rapidement, on transpire et notre linge devient mouillé pour le reste de l'activité. On est donc plus sujet à avoir froid tout au long de l'activité. Je vous suggère donc de vous habiller plus légèrement en début d'activité, quitte à avoir une petite fraîche et un petit inconfort. Le but est ainsi d'être confortable pendant l'activité. Notre corps est donc mieux tempéré, notre linge reste beaucoup plus au sec et donc nous sommes plus confortables tout au long de l'activité. Il suffit de garder dans notre sac un vêtement plus isolé qu'on effilera lors des pauses et qui nous permettra de conserver notre chaleur, sans être déjà tout trempe.

 

Sur ce, bonne sortie hivernale!